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JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME

RASSEMBLEMENT " RESPÈ POU YO "…
EGLISES, FEMMES ET VIOLENCES EN GUADELOUPE

Esplanade de l'Office du tourisme - Abymes
8 mars 2012

Le troisième temps fort du projet est un rassemblement dans la ville des Abymes pour la dignité des femmes " Respè pou yo, sé respè pou nou ". Une occasion de mettre en mouvement des hommes et des femmes de bonne volonté contre la violence faite aux femmes. Le combat pour la dignité des femmes, c'est une espérance dans l'avenir, c'est ouvrir une perspective positive pour les générations futures"

 

UNE VIOLENCE OMNIPRESENTE QU'IL FAUT DENONCER
 

Le rapport du Xe Congres des Élus Départementaux et Régionaux de Guadeloupe souligne que la société en général et la société guadeloupéenne en particulier sont traversées par de multiples formes de violence. " La violence est une problématique qui nous touche en tant qu'élus responsables, mais aussi en tant que citoyens soucieux de voir garantir les droits et libertés fondamentales. La situation actuelle commande à tous les élus de notre territoire de se mobiliser collectivement afin d'y porter solution " (Victorin Lurel, Président du Conseil Régional de la Guadeloupe).

Grâce à ce rapport, nous apprenons qu'à l'aune des derniers chiffres produits par l'Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales, le constat en matière de violence s'avère particulièrement préoccupant. En effet, notre territoire est aujourd'hui l'un des départements les plus violents de France avec le plus fort taux de violences non crapuleuses à l'échelle nationale.

Le rapport souligne la violence faite aux femmes affirmant qu'" environ 80% des faits de violences sont perpétrés au sein de la famille ou dans le voisinage et que les femmes sont les principales victimes de cette violence " (cf. rapport, p. 4).

MANIFESTATION : " RESPÈ POU YO "
 

Fort de ce constat alarmant, l'association Agape Média en collaboration avec la municipalité des Abymes et les associations (F.O.R.C.E.S, etc.) qui luttent contre la violence faite aux femmes organise un :

Rassemblement sur l'Esplanade de l'Office du tourisme des Abymes le 8 mars 2012
sur le thème : " Respè pou yo ".

S'en suivra à 18h30 la projection d'un film en plein air
" Magdalena. Un regard de femmes sur Jésus ".
Cet événement se prolongera le 10 mars 2012 à 19h à l'Espace Riviera (Gosier), par un
Dîner-débat " Regards croisés sur la violence faite aux femmes".

Animé par Christiane Gaspard-MERIDE, Hélène MARIE-ANGELIQUE, Chantal GIMARD, Yasmine ZOU, Anniel HATTON, Soula ISCH et Ruth LABETH avec pour modératrice Jeannine ROBINET.
La chanteuse Joëlle BANIS et le pianiste Harry BERNARD accompagneront
respectivement de leur voix et de leur virtuosité cette soirée.

MAIS COMMENT SORTIR D'UNE LOGIQUE DE VIOLENCE ?
 

L'objectif de ces deux manifestations, le " Rassemblement respè pou yo " et le dîner débat " regards croisés sur la violence faite aux femmes " est d'une part, de sensibiliser les Guadeloupéens à la question de la violence conjugale et aux moyens de s'en sortir. D'autre part, il s'agit d'encourager les chrétiens quel que soit leur horizon à relever le défi de la lutte contre la violence en Guadeloupe. A leur tour et en lien avec tous ceux qui luttent et aspirent à une société pacifiée, les chrétiens doivent s'interroger sur les voies qui permettront à la société guadeloupéenne d'aujourd'hui de diminuer la violence en son sein. C'est la finalité de notre action car " Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui. " (Martin Luther King, Stride toward freedom).

A l'instar du Christ et de Martin Luther King, Les chrétiens sont appelés à renoncer à se venger, à développer, dans la mesure du possible, des relations paisibles avec leurs contemporains, à faire plier le violent non pas par un surcroît de violence mais par l'exemple d'un comportement d'amour et d'accueil. A leur tour et en lien avec tous ceux qui luttent et aspirent à société pacifiée, les chrétiens doivent s'interroger sur les voies qui permettront à la société guadeloupéenne d'aujourd'hui de diminuer la violence en son sein. Nous ne pouvons que soutenir les lieux où s'élaborent et se maintiennent des débats sur les choix économiques et sociaux. En organisant ces manifestations, nous voulons, à l'instar des prophètes juifs, nous faire entendre et soutenir la voix des victimes comme un moyen de restituer un dialogue plus égal " Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui. " Martin Luther King, Stride toward freedom).

UN APPEL SOLENNEL AUX EGLISES
 

" L'obscurité ne peut pas chasser l'obscurité ; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seul l'amour le peut " (Martin Luther King, extrait du Wall Street Journal - 13 Novembre 1962).

L'engagement social ou la lutte contre la violence en Guadeloupe passe par l'art de conjuguer les efforts et les moyens et non pas de les opposer. Pour le philosophe Paul Ricoeur, l'institution donne à l'amour de produire des effets bénéfiques par la médiation de ce qu'il a appelé les " relations longues " (par opposition aux " relations courtes " et immédiates de l'amour interpersonnel ". Il soutenait qu'il nous fallait avoir le courage de reconnaître que l'amour ne s'exerce pas uniquement dans la " relation courte ", de personne à personne, mais dans des " relations longues ", c'est-à-dire par la médiation d'institutions et donc de façon anonyme. En effet, si nous voulons que l'amour puisse avoir des effets réels, il faut utiliser tous les médias qui le rendent efficace.

Il y a donc un champ d'action macrosocial où l'Etat et les grands acteurs du débat public (dont les médias en particulier) doivent travailler à instaurer dans le cas des conflits, des confrontations sans violence, à favoriser les démarches de médiation, qui permettent de mieux vivre les différends et les différences. Autrement dit " La sécurité est évidemment une compétence régalienne, et c'est donc à l'Etat qu'il appartient en priorité de mettre en oeuvre les politiques publiques visant à lutter contre la violence ". (Lurel, rapport, p. 8, 13, 60). Mais pas seulement !

Il y a également un champ d'action personnel et communautaire où les Eglises en particulier (mais pas elles seulement, bien sûr) doivent travailler ensemble pour aider les personnes prisonnières de la violence à se libérer de leur prison. Les enquêtes menées sur les profils sociologiques des personnes qui commettent des actes de violence sont remarquablement convergentes. On y trouve plus d'hommes que de femmes ; plus de personnes vivant seules que de personnes vivant en couple ou vivant avec des enfants ; plus de chômeurs que de personnes ayant un emploi. Fait à souligner : les déterminants des conduites agressives à l'égard des autres sont aussi déterminants pour les conduites auto-agressives. Ceux qui attaquent les autres s'attaquent aussi à eux-mêmes par des conduites dangereuses (conduite automobile à grande vitesse, alcoolisme, tabagisme, consommation de drogues), en tombant malades ou en se suicidant. Ces personnes souffrent, en fait, d'une maladie du lien. Rien ne les rattache aux autres ou à la société. Elles sont isolées et sans emploi et cela provoque de la violence. La plus forte présence des hommes est à rattacher au fait que les femmes investissent beaucoup plus dans le lien social que les hommes dans notre société.

Dès lors, aider quelqu'un à sortir de l'enfermement de la violence, c'est l'aider à renouer des liens. Les formes communautaires, associations ou Eglises, peuvent y contribuer en incluant dans leurs cercles des personnes en rupture de lien, en donnant du poids à leur parole, en leur reconnaissant un rôle et une valeur et en les aidant à retrouver une place dans la société. Les Eglises, si elles obéissent à leur vocation, devraient devenir des laboratoires sociaux à partir desquels s'élaborent de nouvelles formes de vie en commun. Cela suppose que leur prédication dénonce les formes de violences existantes, le mépris dans lequel sont tenues certaines catégories de personnes, et que leur prédication encourage à mettre en oeuvre des logiques de confrontation pacifique. Le travail pastoral des Eglises devrait encourager chacun à sortir de son isolement, à mettre en mots son malaise, à tendre la main vers son ennemi, à pratiquer l'écoute de l'autre et le pardon. La vie communautaire des Eglises devrait permettre à chacun de trouver une place, d'être reconnu comme une personne à part entière, et d'accueillir des personnes en rupture de lien social. Enfin les Eglises peuvent être parmi les promoteurs de débats locaux entre des acteurs hostiles.

Frédéric DE CONINCK et Jean-Claude GIRONDIN